Bière locale

Belœil ferme : ce qu'une région perd avec sa malterie

La Malterie du Château s'arrête le 31 décembre, dix mois après Gembloux. Au 1er janvier, il ne restera qu'une malterie en Wallonie — la nôtre, qui démarre en novembre. Ce qu'une région perd, et ce qu'un tambour de cinq tonnes peut ou ne peut pas remplacer.

Le 31 décembre, les tourailles de Belœil s'éteindront. La Malterie du Château, fondée en 1868, la plus ancienne malterie de Belgique encore en activité, cessera de produire : la direction du groupe Soufflet, propriétaire depuis 2023, l'a annoncé début octobre, selon la RTBF et L'Avenir. Vingt-six personnes, à Belœil et à Ghlin, sont concernées. Dix mois plus tôt, Boortmalt avait annoncé la fermeture définitive de son site de Gembloux, à l'arrêt depuis un an. Au 1er janvier 2027, il ne restera donc plus qu'une seule malterie en Wallonie. Elle démarre en novembre, à Dinant, et c'est la nôtre. Nous aurions préféré écrire cet article dans d'autres circonstances.

Ce qui ferme à Belœil

Un savoir-faire de cent cinquante-huit ans. Belœil n'était pas une malterie comme les autres. Elle s'était spécialisée dans les malts de couleur — torréfiés, caramélisés, fumés — et en proposait une centaine de variétés, exportées à 95 % vers plus de 140 pays et quelque 3 500 brasseries, d'après les chiffres repris par la presse régionale. Une petite malterie, à l'échelle du secteur, mais connue de brasseurs qui n'ont jamais mis les pieds en Hainaut.

Les raisons avancées. La consommation de bière recule depuis 2023, l'outil est vieillissant, et le chiffre d'affaires a baissé depuis la reprise. Beer.be ajoute, plus sèchement, que le groupe n'a jamais investi dans ses sites belges et préfère concentrer sa production en France. La commune de Belœil, elle, a tenu à préciser que le permis d'environnement, renouvelé en décembre 2024, courait jusqu'en 2044 : ce n'est pas l'administration qui a fermé la porte.

Et avant, Gembloux. Le site Boortmalt de Gembloux, celui de la marque Belgomalt, était à l'arrêt depuis près d'un an quand le groupe a confirmé sa fermeture définitive, en décembre 2025, dans un communiqué sur l'ajustement de ses capacités. Motif identique : moins de bière bue, moins de malt demandé. Deux fermetures en douze mois, pour deux raisons qui n'ont rien de local.

Ce qu'une région perd avec sa malterie

Pas le tonnage. Soyons honnêtes : la Belgique ne manquera pas de malt. Anvers abrite une des plus grandes malteries du monde, et les camions de Lille, de Rotterdam ou de Cologne ne sont pas loin. Un brasseur qui achète du malt pils par palettes trouvera un fournisseur en une matinée, probablement au même prix.

La proximité, en revanche, ne se remplace pas. Les brasseries des Carrières, à Basècles, et des Légendes, à Irchonwelz, s'approvisionnaient à quelques kilomètres, rapporte L'Avenir. Cela veut dire : passer voir la touraille, demander une nuance sur un malt caramel, récupérer un sac un vendredi après-midi, discuter d'un lot qui s'est comporté bizarrement en cuve. Un malteur à qui l'on peut parler est un ingrédient de la recette au même titre que l'orge. Plusieurs brasseurs disent n'avoir été prévenus de rien.

Le débouché pour l'orge brassicole d'ici. Une malterie, c'est aussi un acheteur. Belgomalt avait construit un programme « Pure Local » qui payait des agriculteurs de la région de Gembloux pour cultiver de l'orge brassicole sous cahier des charges. Quand l'usine ferme, l'orge continue de pousser, mais elle prend le camion. Pour une filière brassicole belge qui tente de se reconstruire du champ au verre, c'est le maillon du milieu qui saute, encore une fois.

Le métier. Tourailler un malt caramel à la bonne couleur, torréfier sans brûler, cela s'apprend dans une touraille, pas dans un livre. Une partie des vingt-six personnes de Belœil se verra proposer un poste en France, écrit Beer.be. Le savoir-faire ne disparaîtra pas ; il changera de pays.

Une malterie de cinq tonnes ne remplace pas Belœil

Disons-le avant qu'on nous le reproche. La MAD n'est pas la relève de la Malterie du Château. Nous démarrons en novembre avec un tambour de germination-touraillage de cinq tonnes, environ un lot par semaine, et des malts de base — pils, pale ale — complétés de quelques malts munich, vienna et de style belge. Pas de malt torréfié, pas de caramel, pas de centaine de références. Un brasseur qui achetait à Belœil ses malts de couleur devra les chercher ailleurs, et nous le lui dirons franchement.

Nous ne livrons pas le monde. Belœil exportait presque tout. Nous livrons la Belgique et ses voisins directs — France, Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg — et c'est voulu. Le malt est lourd, la marge est mince, et faire traverser l'Europe à une tonne de malt n'a jamais été notre projet.

Nous existons pour une autre raison. La MAD a été conçue pour faire exactement ce qu'une grande malterie ne fait pas : malter de l'orge belge et bio, dont une partie vient de notre propre ferme, en circuit court, et sécher le malt sans énergie fossile — la chaleur du touraillage vient d'une chaudière biomasse, l'électricité est renouvelable, l'eau de trempe est récupérée. Un lot de cinq tonnes, c'est la taille d'un camion, et c'est la taille qui permet de dire à un brasseur de quelle parcelle vient son malt.

Ce que cela change pour les brasseurs de Wallonie

À partir de janvier, le malt le plus proche vient de Dinant. Pour un brasseur de Namur, de Charleroi ou du Luxembourg belge, c'est un fait nouveau. Pour un brasseur du Hainaut occidental qui perd Belœil, nous sommes à cent kilomètres, et nous ne faisons pas les mêmes malts. Nous ne prétendrons pas que c'est une bonne nouvelle pour lui.

La question posée à Libramont cet été revient. Peut-on brasser belge du champ au verre ? Avec deux malteries en moins, la réponse est plus difficile qu'il y a un an, et elle tient désormais à un seul tambour. C'est une responsabilité que nous n'avions pas demandée, mais que nous prenons au sérieux : produire régulièrement, à qualité constante, et rester joignables.

Quand le malt local n'est pas le bon choix. Un brasseur dont les recettes reposent sur un malt torréfié précis, un brasseur qui a besoin de vingt tonnes par mois, un brasseur qui veut le prix le plus bas : pour eux, Dinant ne sera pas la bonne adresse, et il vaut mieux le savoir avant de commander.

Pour ceux qui perdent leur malteur

Si vous êtes brasseur et que Belœil était votre malterie, venez voir la nôtre avant qu'elle ne tourne. Le tambour est en place, la cuve de trempe aussi, et l'équipe de la malterie prend le temps de regarder vos recettes pour vous dire, malt par malt, ce que nous pouvons faire et ce que nous ne pouvons pas. On nous trouve à Dinant, et sur mad.be.

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